Le paysage est avant tout une « vue » : à la fois vue d’un espace qui existe indépendamment de nous, comme par exemple la montagne et donc susceptible de pouvoir être étudié de façon objective : l’altitude, la température, la structure interne mais aussi vue d’un espace que l’on perçoit, que l’on sent et cela, chacun de manière différente . À partir du moment où l’appréciation esthétique rentre en compte, où l’on charge l’espace « de significations et d’émotions », l’étude paysagère ne peut être que subjective.
Le paysage visible construit à travers des filtres est aussi « sensation interne », ce que Diderot appelait « rumeur des viscères ». En effet, tous les sens entrent dans la construction du paysage, qu’il s’agisse du toucher, de l’odorat, de l’ouïe.Selon le compositeur et musicologue canadien Raymond Murray Schafer, le paysage est soumis à la fois à la discontinuité (il n’y pas de fond sonore véritable) et à la disjonction entre « l’entendu et l’identifié »(difficulté de reconnaître, de situer, la source d’un bruit émis). Alors qu’autrefois il était bien supporté, aujourd’hui le bruit suscite la plainte et est connoté négativement, rattaché aux couches populaires, d’où l’ascension des vertus de silence devenu paradoxalement moyen de distinction.
La contemplation est une application de l’esprit à voir et observer certaines réalités. Le terme a un sens particulier dans la religion et dans l’art. L’état contemplatif offrant dans le premier cas à l’âme une proximité avec Dieu et dans le second avec la nature.
Trois opérations : Voir, opération de l’oeil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.Emile Bernard